L’espace à l’époque du queer : contaminations queer dans la géographie française

Rachele Borghi

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L’espace n’est pas simplement un arrière-plan, un cadre sur lequel les actions humaines ont lieu. C’est aussi un producteur de significations et un reproducteur des mécanismes et des dynamiques sociales. Pourtant la prise en compte du rôle de l’espace comme vecteur et reproducteur des normes sociales liées au genre et aux sexualités n’est pas évidente. Or l’espace public est conçu, géré et modelé sur la base d’une conception dualiste rigide : homme-femme, licite-illicite, homosexuel-hétérosexuel 1) Mais aussi blanc/noir, sain/malade, jeune/vieux, citoyen/non citoyen, etc. . De cette manière, la nature genrée de l’espace social est occultée par la naturalisation de la division entre espace public et espace privé, reflet de la division de la vie sociale entre sphère publique et sphère privée.

Dans cet article, je propose quelques éléments de réflexion sur le rapport entre espace, genre et sexualité en géographie. En partant d’une revue de la littérature anglophone sur l’influence des théories queer dans la production de la pensée géographique, je montrerai ses déclinaisons françaises, pour arriver à la mobilisation du concept de performance.

De la géographie du genre

Bien que le genre constitue une catégorie sociale fondamentale pour les dynamiques sociospatiales, la géographie jusqu’aux années 1980 a négligé la question des rapports sociaux de sexe déléguant la réflexion à d’autres disciplines comme l’anthropologie, la sociologie ou l’histoire (Barthe et Hancock, 2005). Marianne Blidon (2009a) met en relation ce manque d’intérêt de la part de la géographie 2) Dans son article elle fait une référence explicite à la géographie et au milieu académique français.  avec la question de la légitimité des objets/sujets d’étude : « Au-delà de l’embarras que suscitent encore les questions sexuelles, un des facteurs d’explication du manque d’intérêt des géographes français pour ces thèmes réside dans la hiérarchie des objets d’étude, certains étant jugés plus “nobles” que d’autres » (p. 57). Elle appuie sa critique sur la réflexion de Gagnon (1992, p. 34; cit in Blidon 2009a, p. 57) qui porte l’attention sur la marginalisation institutionnelle des chercheurs qui s’occupent de thématiques considérées comme « dérangeantes » : « Les personnes engagées dans les études sociales ou culturelles, qui s’intéressent en tant que chercheurs à la sexualité, à l’usage de drogue, à la pauvreté, à l’ethnicité ou aux femmes sont souvent aussi marginaux dans leur milieu professionnel que le sont les personnes qu’ils étudient dans la société dans laquelle ils vivent […] Ils savent directement, ou indirectement, que la science a été un élément important de contrôle social comme de la construction de la réalité sociale ».

La géographie du genre a pour objectif principal l’analyse des relations entre espace et genre dans leurs formes les plus variées, et des rôles et fonctions qu’hommes et femmes occupent dans celles-ci 3) Pour une définition plus développée voir Paul Villeneuve 2003, Louargant 2002, Borghi e dell’ Agnese 2009. . La réflexion sur ces thématiques s’est développée de manière structurée à partir de la deuxième moitié des années soixante-dix. Elle a débuté par des théories féministes qui ont analysé le monde du travail et ses divisions sur la base du genre, en mettant l’accent sur le binôme travail de reproduction, assigné aux femmes, et travail de production, compétence des hommes (Bondi et Domosh, 2001).

La géographie féministe s’est développée en incluant les contributions théoriques du féminisme à l’explication et à l’interprétation des faits géographiques 4) Pour un état de la question du rapport entre Feministstudies et géographie, voir Chivallon (2001). . Un de ces manifestes les plus significatifs est le livre Geography and Gender. An Introduction to feminist Geography, publié en 1984 par le « Women and Geography Group » de l’Institute of British Geographers. Cet ouvrage a donné une légitimité scientifique à la géographie féministe et l’a consacrée définitivement comme une branche de la géographie : « Nous soutenons l’importance d’introduire l’idée de la géographie féministe – une géographie qui prend explicitement en considération le genre créé socialement au sein de la structure de la société; elle exprime un engagement pour l’atténuation des inégalités de genre à court terme, ainsi que pour leur élimination, à travers le changement vers l’égalité réelle, à long terme » (WGSG, 1990, p. 31).

Les auteur.e.s introduisent quatre grandes thématiques pour la géographie féministe (qui n’en est alors qu’à ses premiers pas) : les transformations de la structure urbaine, l’accès aux services, le rapport entre femmes et développement, et toutes les thématiques qui intègrent la dimension de genre aux analyses de géographie économique.

Ce n’est qu’avec le féminisme poststructuraliste que l’on commence à traiter de l’interprétation des différences sexuelles et des constructions de genre à travers une approche déconstructiviste. Le changement épistémologique pousse la géographie féministe à se configurer comme une géographie du genre, vouée à l’analyse plus structurée des relations de genre comme des constructions sociales et à leurs effets dans l’espace. Les différences de genre sont analysées comme des phénomènes liés à des logiques de pouvoir (Bondi et Domosh, 2001).

La géographie du genre a étudié et critiqué le mécanisme de production des connaissances, en soulignant combien la discipline a opéré à travers une épistémologie sexiste 5) Voir, par exemple, la question du langage situé qui apparaissait comme neutre dans la production géographique et surtout dans les récits des explorateurs (ex. “Penetrer la foret vierge”) (Pratt 1995 e Jacobs 1996). . De plus, elle a porté son attention sur une autre limite de la géographie traditionnelle : croire qu’il est possible d’observer le monde « de l’extérieur », de façon « objective ». Dans ce contexte, le chercheur (homme, blanc, occidental) est censé être extérieur à la réalité observée, excluant ainsi toute subjectivité. La méthode de recherche est souvent quantitative, le chercheur parle à la troisième personne et adopte un style d’écriture neutre, passif et sous-tendu par une terminologie technique. Ceci lui permet de prendre ses distances avec tout type de responsabilité par rapport à son propre travail, en affirmant la nature non politique de la recherche scientifique (Rose 1993, Dixon et Jones III, 2006; voir aussi Chivallon, 2001 et Hancock, 2004). Les études du genre ont réagi contre l’idée que la scientificité (et donc la légitimité) des contenus soit subordonnée à ce type d’organisation méthodologique et stylistique. Elles ont proposé de nouvelles méthodologies qui ont mis l’accent, spécialement dans la recherche sur le terrain, sur la composante subjective et les rapports d’influence mutuelle entre chercheur.e et sujet/objet de la recherche.

Ces réflexions ont autorisé l’expérimentation et la légitimation de nouvelles manières de comprendre et de représenter l’espace et d’appréhender son importance pour les sujets et les sociétés. La critique féministe a en effet favorisé l’utilisation d’instruments d’enquête portant leur attention sur les sujets, en mettant en lumière les aspects « cachés », irrationnels, motivationnels, sentimentaux, existentiels, liés à l’implication des individus dans les pratiques de l’espace (Cortesi, 2006, p. 319). Histoires de vie, biographies personnelles, enquêtes, interviews individuelles, productions littéraires et artistiques, confrontations entre générations ont été ajoutées aux méthodes traditionnelles de recherche en géographie. Le juste poids ainsi donné à la composante subjective de la recherche contribue à valoriser les apports de la rencontre entre chercheur.e et narrateur/narratrice. De plus « les géographes féministes revendiquent aujourd’hui des “savoirs situés”, ne passant plus sous silence les conditions qui les rendent possibles, les réseaux de pouvoir qu’impliquent leurs formulations » (Chivallon 2001, p. 61).

Cette approche relève du tournant culturel qui, bien qu’il ait investi tout le milieu scientifique 6) Sur le tournant culturel et la “méthode postmoderniste’ voir Staszak 2001. , est souvent perçu comme associé aux recherches considérées comme « féministes », centrées sur les femmes et conduites par les femmes. De plus, même si l’attention a été portée sur le genre comme construction sociale et symbolique, la recherche a longtemps porté l’attention sur le sujet « femmes ». Alors que genre se conjugue au masculin comme au féminin, la connexion entre pensée féministe et genre comme catégorie d’analyse n’est pas toujours parvenue à se détacher de la seule étude du « féminin ». Or le genre constitue une catégorie d’analyse de première importance : pour les hommes comme pour les femmes, le genre suit des modèles normatifs différenciés, constituant par conséquent un objet d’intérêt incontournable.

La géographie du genre ne s’est pas limitée à l’analyse des concepts traditionnels de la discipline (région, paysage, lieu, territoire, etc.) à la lumière de l’épistémologie féministe; elle a dévoilé de nouveaux objets d’analyse; parmi eux se trouve le corps 7) Parmi la très riche littérature sur ce thème, voir à titre d’exemple Duncan, 1996 et Barthe-Deloizy, 2003. . Elle se présente comme une sous-discipline de la géographie qui, comme d’autres, est résolument interdisciplinaire. Depuis les années 1980, elle s’est distinguée par trois approches théoriques principales : le genre comme différence, le genre comme relation sociale et le genre comme construction sociale (Dixon et Jones III, 2006).

à la géographie des sexualités

Les travaux scientifiques qui ont pris en considération la catégorie « genre » l’ayant pendant longtemps limitée au binôme homme/femme hétérosexuel(le), les recherches sur les identités sexuelles et leurs rapports avec l’espace restent encore aujourd’hui plutôt rares 8) Pour une revue de la littérature, voir Blidon 2008a et 2008b, Jaurand 2010 et 2011 et Duplan 2012. . Alors que l’espace est analysé sous l’angle de l’intersectionnalité, c’est-à-dire des interconnexions entre les catégories de classe, de genre et de « race », la sexualité continue à être négligée. Or, la sexualité ne concerne pas seulement la dimension privée; elle touche les espaces du quotidien (Blunt et Wills, 2000 ; Johnston et Longhurst, 2010) et revêt une portée géopolitique significative (Blidon, 2009a).

En réalité, dès les années 1970, des perspectives de recherche relatives à la sexualité ont émergé dans les études sur les processus de construction des espaces urbains et contribué à leur renouvellement. Les formes spatiales créées par les communautés gaies et lesbiennes sont devenues des objets d’étude. Les villages gays et les quartiers homosexuels des villes des États-Unis  (San Francisco en particulier) ont commencé à être lus comme des paysages culturels, sociaux et politiques, et comme le reflet de l’expérience spatiale des sexualités « autres » (Castells et Murphy, 1983 ; Weightman, 1981). Les travaux portant leur attention sur les relations entre culture, consommation et espace urbain soulignaient le rôle de la communauté gay dans le processus d’embourgeoisement des centres historiques (Casey, 2004). La géographie de la sexualité s’est ensuite éloignée du travail de cartographie des zones résidentielles urbaines 9) Voir le débat critique sur ce sujet reporté par Marianne Blidon (2008b).  pour étudier la question plus complexe du rapport entre espace, identités sexuelles et pouvoir. Les vies et les pratiques des gais et des lesbiennes dans l’espace urbain ont été explorées dans le but de rendre visibles les sexualités « dissidentes » et les formes de résistance à l’oppression de l’hétéronormativité (Blunt et Wills 2000) 10) Pour la géographie anglophone, voir à titre d’exemple Valentine 1993; Bell et al. 1994; Bell et Valentine 1995a; Duncan, 1996; Jackson, 2006; pour celle française, Hancock, 2005; Grésillon, 2005; Leroy, 2005, 2009, 2010; Jeraund et Leroy 2008 et 2011; Jeraund 2011; Blidon, 2008, 2009; Cattan 2011; Raibaud 2007; Sechet 2009; pour la géographie italienne Borghi et Rondinone 2009; Borghi et Schmidt 2011; Borghi 2012; Borghi et Despuches 2012;). Plus rares sont les recherches qui explorent l’espace rural (Bell et Valentine 1995b). .

Le terme d’hétéronormativité indique l’intériorisation de l’hétérosexualité comme expression « normale » des relations sexuelles. Ce concept a permis de réinterpréter les espaces au-delà des catégories traditionnelles et de mettre en question la sexualité normative, c’est-à-dire ce qui est considéré comme « juste » et « normal » (et donc, mérite d’être inclus dans l’espace public). En même temps, cette perspective a permis de réfléchir sur les différentes violations des règles de la norme sexuelle et genrée (Wiegman, 2006).

Ce « tournant sexuel » en géographie a été possible grâce à l’affirmation de la théorie queer. Les queer studies ont permis de renouveler l’étude des rapports entre genre, sexualités et espace public. À partir des années 1990, elles ont commencé à faire sortir la réflexion des logiques binaires (masculin/féminin, homo/hétéro) et à mettre en évidence le genre comme paradoxe. Dans cette perspective, l’espace urbain est lu comme le produit de structures sociales qui excluent les « autres » acteurs de la ville et les corps non normés, ces derniers étant souvent associés aux sujets LGBTIQ 11) Lesbiennes, gays, bisexuel.le.s, trans-sexuel.le.s,, intersexuel.le.s, queers. .

La théorie queer a remis en question les étiquettes sexuelles et a mis en évidence toutes les déclinaisons créatives du désir sexuel et de ses objets de désir (de Lauretis, 2007). Le terme queer concerne la phénoménologie du bizarre (en anglais le terme signifie excentrique, pas clair, ambigu, dégénéré). Bien que le langage de l’hétérosexualité normative lui ait donné une connotation négative (« pédé » notamment), le terme a été réhabilité par ceux/celles qui critiquent la prétendue universalité et naturalité du paradigme hétérosexuel hégémonique (Dimen et Goldner, 2002). Les théoriciens queers déclarent vouloir exercer une subversion de l’ordre dominant, celui qui opprime les voix « autres » et les identités non codifiées, en jouant avec les symboles et les codes de l’hétérosexualité.

C’est avec Teresa de Lauretis et Judith Butler que le queer s’est diffusé dans le milieu académique et que la queertheory a été formalisée. Déconstruction des catégories de l’identité, analyse de la constitution du corps à la frontière entre matérialité et langage, critique du paradigme normatif hétérosexuel et des dispositifs d’inclusion/exclusion, critique du pouvoir et du biopouvoir sont les axes de réflexion de cette pensée.

À travers la théorie queer, l’hétérosexualité est mise en question. L’hétérosexualité institutionnalisée a été étudiée en relation avec son rôle dans la régulation de l’homosexualité. En effet, l’hétérosexualité normative a aussi un impact violent sur l’hétérosexualité elle-même. Cet aspect a été longtemps ignoré. La critique homosexuelle a mis en évidence comment l’hétérosexualité normative a une forte influence sur la vie des hétérosexuels. Le concept d’hétérosexualité compulsive a été développé grâce au travail d’Adrienne Rich en 1980. Rich se demandait : « Pourquoi l’hétérosexualité n’est-elle pas vue comme un choix, mais seulement comme un fait biologique? Est-ce que l’hétérosexualité peut être considérée comme un choix ou bien s’agit-il d’une imposition sociale et politique? Est-ce que l’hétérosexualité, au même titre que la maternité, est une institution politique trop structurée? »

Le discours hétéronormatif est agressif envers les formes de sexualités qui sortent de l’hétérosexualité normative. En prescrivant les comportements à ne pas adopter, il codifie simultanément les comportements considérés comme « normaux » et « justes ». Les sujets LGBTIQ sont marginalisés par ce discours au même titre que les hétérosexuels qui adoptent des pratiques vues comme s’écartant de la norme. De cette manière, les personnes qui adhèrent au modèle hétérosexuel sont obligées de se conformer et d’assumer toutes les attitudes et tous les comportements caractérisant la « féminité » et la « virilité » normatives. De cette façon, l’identité hétérosexuelle influence le contrôle physique des corps en même temps que le contrôle des institutions étatiques et de la culture hégémonique (McDowell et Sharp, 1999). Cela se traduit par une gestion des espaces très normée. L’analyse géographique de ces questions nous permet de rendre visible la manière dont l’hétéronormativité s’inscrit spatialement, comment elle est reproduite et légitimée par les pratiques et les performances des individus.

De la performance

En 1990, Judith Butler publie aux éditions Routledge Gender trouble. Ce livre est devenu la référence incontournable de la théorie queer. L’auteure y esquisse une théorie de la performativité de genre à travers une relecture du concept de performance, emprunté à la linguistique et à l’anthropologie.

Victor Turner, dans The anthropology of performance (1986), avait affirmé que « le terme “performance” vient de “parfournir”, qui, en ancien français, signifie littéralement “fournir complètement ou exhaustivement”. ‘Performer’ signifie donc produire, compléter quelque chose, exécuter un ordre ou accomplir un projet. Mais, de mon point de vue, l’exécution » peut générer quelque chose de nouveau. La performance transforme le soi. […] Les règles lui servent de cadre, mais le « flux » de l’action et de l’interaction à l’intérieur de ce cadre peut mener à de nouvelles idées et générer de nouveaux symboles et signifiants, qui peuvent être incorporés dans de futures performances ».

La performance a donc un caractère expérimental et, en même temps, critique : grâce à l’action, il est possible de vivre et de compléter une expérience, et, par le biais de la mise en scène de notre corps, de réfléchir à l’expérience même.

Turner affirme que l’anthropologie de la performance est une partie essentielle de l’anthropologie de l’expérience, que chaque type de performance culturelle, y compris le rite, la cérémonie, le carnaval, le théâtre et la poésie, est l’explication de la vie même. La performance rend visible quelque chose qui, dans des conditions normales, est scellé hermétiquement, inaccessible à l’observation et au raisonnement quotidien, enterré dans les profondeurs de la vie socioculturelle.

Avec Judith Butler, le concept de performance devient un leitmotiv des queer studies 12) En réalité, dans un entretien du 1993, Butler déclare ne pas avoir connaissance de l’existence d’une théorie queer dont elle serait une contributrice majeure : « Je savais que Teresa de Lauretis avait publié un numéro de Differences appelé ’Queer theory ». Je pensais qu’il s’agissait de quelque chose qu’elle avait fabriqué. C’est sûr que je n’avais aucune idée de faire partie de la théorie queer ». . Butler (2006, 2008, 2009) s’arrête sur les fondements théoriques de la théorie queer et donc sur le concept de performativité. Le terme est utilisé pour indiquer le pouvoir qu’ont certaines expressions linguistiques de faire advenir l’action au moment même où elles sont énoncées. Cette définition se rattache aux théories du langage de John L. Austin (1982). La nouveauté centrale introduite par Austin dans l’histoire des idées linguistiques consiste dans l’invitation à regarder le langage non plus, ou non seulement, comme un instrument pour décrire un état (extérieur ou spirituel), mais plutôt comme une action. Les actes performatifs sont des composantes des actes rituels auxquels sont applicables des critères spécifiques d’évaluation (Pasquino, 2011).

Dans la perspective de Butler, les actes performatifs sont des formes du discours autoritaire, car non seulement ils exécutent une action, mais ils confèrent un pouvoir contraignant à l’action exécutée : « Si le pouvoir du discours de produire ce qu’il nomme est lié à la performativité, alors l’expression performative est un domaine dans lequel le pouvoir agit comme discours » (Butler, 2009).

Pour Butler, le genre est un énoncé performatif qui a la capacité de créer ce qu’il nomme. Conçue comme une assignation normative, la performance cite des gestes, des postures, des mots, les réitère, les répète et finit, en les reproduisant sans cesse, par naturaliser le genre. Le genre est donc une performance parce qu’il n’existe pas avant d’être agi. Il n’est pas une qualité du sujet, mais est une citation de la norme. Par conséquent, ce qui permet l’existence de la norme est le fait de la citer et de la répéter. Dans ce contexte, le sexe est l’antécédent artificiel du genre; il n’est pas « naturel », mais au contraire « naturalisé » et rendu invisible par le pouvoir du discours. En conséquence, le genre est toujours une imitation, mais une imitation sans original : c’est l’acte imitatif, la performance, la citation qui crée la notion d’un original antécédent (Arfini, 2011).

L’analyse de Butler sur l’ontologie du genre a remis en cause la naturalité du binarisme sexe/genre dans laquelle l’identité de genre (masculin/féminin) est conçue en relation à deux sexes naturels : mâle/femelle. Cette opposition binaire est à la base du désir hétérosexuel. Butler affirme aussi que les sexes sont des constructions sociales et que cette division binaire (un sexe et son opposé), n’a rien de « naturel ». Pour elle, l’identité de genre ne correspond pas à une essence biologique. Pour articuler la déconstruction du binôme identité de genre/essence biologique, elle mobilise le concept de performance qui devient un outil critique pour dénaturaliser les catégories sociales et pour déstabiliser les formes dominantes de reproduction sociale. Selon sa réflexion, le ‘doing‘, le « faire » du discours, les connaissances préconstituées et les répétitions produisent les sujets sociaux. Par conséquent, les identités n’existent pas avant la performance (Gregson et Rose, 2000).

Butler critique la position féministe basée sur la différence et porte l’attention sur la nécessité de combattre non pas la domination masculine, mais plutôt le paradigme hétérosexuel. La définition du sexe dans le cadre de la seule culture occidentale a empêché la compréhension profonde des relations de pouvoir liées à l’hétérosexualité (Pasquino et Plastina, 2009). Le paradigme hétérosexuel est devenu la norme. Il ne se renforce pas seulement grâce à l’exclusion et à la sanction des « transgressions », mais aussi grâce au langage qui permet d’énoncer la norme, de la répéter et ainsi de la naturaliser.

Géographie et performance

Le corps devient l’outil ou, à une échelle micro, le lieu où la performance prend vie. C’est pourquoi l’étude de la performance est strictement liée à celle des corps et à leur place dans l’espace. Le corps, en tant que lieu ou localisation de l’individualité et de la construction des sujets, est impliqué dans les mêmes dynamiques de pouvoir que celles qui définissent la normativité de l’espace, en séparant les corps qui « comptent » de ceux qui ne possèdent pas les caractéristiques requises (Butler, 2009).

Toutefois, si, d’un côté, il y a une dimension limitative du langage liée à la performativité, d’un autre côté, cette dernière donne la possibilité d’un changement social et politique puisqu’on peut toujours renverser la valeur de la performance et l’utiliser pour affirmer, montrer, rendre visible ou simplement porter l’attention sur quelque chose. C’est le cas, par exemple, des hate speech, des insultes qui peuvent être utilisées de manière déformée, créative et positivement déviante 13) On verra de suite l’usage de la performance pour renverser la norme et non plus pour la reproduire.  (Butler, 2004).

La relation entre performance et espace a été explorée dans la géographie anglo-saxonne à plusieurs reprises. En effet, l’idée de Butler de performativité a fortement influencé la géographie critique dans le but de dénaturaliser les « évidences » des pratiques sociales. Performance et performativité sont des outils conceptuels pour la géographie critique parce qu’ils permettent de dénaturaliser les idées acquises sur les pratiques sociales (Gregson et Rose 2000). En géographie, la performance désigne un corps en action qui produit perpétuellement une nouvelle réalité (Thrift, 2000) : « la performance désigne la pratique en situation d’un individu, en ce qu’elle incarne des normes socioculturelles qui la régissent, mais aussi en ce qu’elle participe elle-même à la reproduction et/ou à la subversion de ces normes » (Chapuis, 2010, p. 4). Minelle Mahtani (2004), dans sa relecture géographique du travail de Butler, souligne d’abord comment sa théorisation du genre a remodelé la façon dont la géographie analyse le rapport entre les corps, la production des identités et leur rapport à l’espace. Dans le même temps, elle souligne comment sa notion de performativité a contribué à repenser le concept d’espace. Pour expliquer cela, Amandine Chapuis, dans son article sur l’état des lieux relatif à l’usage de la performance en géographie (2010), cite la position de Nigel Thrift (2000) : « L’approche non représentationnelle, prônée notamment par Nigel Thrift, oppose quasiment performance et représentation, la représentation étant une image, une description du monde, ayant une dimension essentiellement intellectuelle, alors que la performance désigne un corps en action, qui produit perpétuellement une nouvelle réalité » (Chapuis, 2010, p. 46). Les travaux géographiques s’intéressant à la performance mettent les pratiques au centre de la réflexion géographique (Thrift et Dewsbury, 2000).

En particulier, depuis la moitié des années 1990, la géographie a utilisé le travail de Butler pour explorer la relation entre usage du corps, production de l’espace et reproduction des normes de genre et sexualité 14) Pour une revue complète de la littérature, voir Mahtani (2004). .

Perspectives pour des géographies queers 

Le cadre de référence ici esquissé, bien que de façon synthétique, nous permet de repérer une série d’avantages qui relève de l’application du concept de performance en géographie.

D’abord, réfléchir sur la performance nous permet de porter l’attention sur le rapport entre corps et espace. Cela nous permet de mettre en évidence la matérialité de ce rapport et les conséquences sur les transformations de l’espace. Cela s’avère particulièrement intéressant pas seulement dans la géographie du genre et de la sexualité, mais aussi dans les recherches sur les mouvements sociaux et sur l’usage de l’espace (surtout urbain) dans le militantisme.

En effet, à travers le concept de performance on peut dévoiler le caractère normé, hétéronormé, réglementé de l’espace public, car la citation des normes et leur répétition apparaissent de façon évidente quand on porte l’attention sur les corps et sur les comportements des individus dans l’espace public. On peut voir comment le corps « juste » qui occupe de plein droit l’espace public est le corps de l’homme blanc, occidental, jeune et sain : tous ceux qui sortent de ces paramètres sont d’emblée classés dans l’a-normalité. Ce processus se reflète sur l’organisation des espaces publics, en particulier urbains, qui deviennent le cadre de la « normalité », en s’appuyant sur une normalité supposée. C’est ainsi qu’un espace considéré comme neutre peut devenir extrêmement violent dès lors qu’il exclut les sujets « a-normaux ». Cependant, ces sujets possèdent un potentiel de subversion qui peut permettre aussi de transgresser les normes qui régissent les espaces publics. Les performances mises en place par certain.e.s acteurs/actrices LGBTIQ, par exemple, utilisent le corps comme un outil pour réagir à un espace public normatif et hétéronormé.

La performance fait partie des nouvelles modalités de militance (Ion, Franquiadakis et Viot, 2005) qui caractérise les mouvements collectifs à partir des années 2000. Il s’agit de mises en scène, d’actions, de représentations qui mettent au centre le corps, notamment comme outil de résistance aux normes de genre et comme moyen pour rendre visible et pour dénaturaliser l’espace hétéronormé.

Il est donc possible de jouer avec les identités fixées pour les transgresser à travers leur mise en scène. À travers l’ironie et le mépris, on assiste à un renversement symbolique du corps social qui résiste à la volonté de définition normative. La performance exerce une fonction subversive de l’ordre établi qui opprime les voix et les identités « autres » et permet de jouer avec les codes et les symboles de l’hétérosexualité.

Il est donc nécessaire de développer les recherches sur le phénomène d’affirmation de l’identité LGBTIQ à travers l’usage de l’espace public pour comprendre ce genre d’expression. En outre, la croissance des épisodes d’agression homophobe dans beaucoup de pays rend urgente une réflexion sur ce sujet. La naturalisation de l’espace public comme espace hétérosexuel risque, en effet, de légitimer l’invisibilisation des sujets non-hétéronormés et, dans des cas extrêmes, d’inciter à la transformation de l’agression verbale et psychologique en agression physique.

La géographie des sexualités, définie et légitimée comme une branche de la géographie, peut contribuer de manière importante au dévoilement des normes et des structures de pouvoir qui oppriment et excluent de l’espace (public) les dissident.e.s sexuel.le.s. En même temps, comme Bell et Valentine (1995a) et Valentine (1993) l’ont montré, elle peut questionner le caractère hétéronormatif de la discipline géographique et de l’institution universitaire. Le rôle de la géographie dans ce processus de déconstruction et de dévoilement s’avère essentiel, d’autant plus que « le géographe appartient à la catégorie des “experts” investis d’une certaine autorité, il ne peut ignorer le fait qu’il contribue à faire exister ce qu’il décrit » (Hancock 2004, p. 172).

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