Manifeste des amours queers

Kori Herrera Traduction : Rachele Borghi

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Source : http://haikita.blogspot.com.es/2010/09/manifiesto-del-amor-queer.html (texte publié le 18 septembre 2010)

1. L’Amour Queer est un processus de jouissance et non un but à atteindre.

2. Les amours Queer renient les histoires d’amour classiques, qui promettent le bonheur éternel, et se proposent de mettre fin à l’exclusivité sur les pénis, les chattes et les cœurs des autres.

3. Les amantEs queer rejettent la tyrannie de l’orgasme et élargissent l’érotisme au corps dans son intégralité, sans se limiter aux organes génitaux, en développant la sensibilité de toutes les parties, à la découverte de nouveaux parcours sexuels, au-delà de la gymnastique pornographique traditionnelle.

4. Les amours queers ne partagent ni les espoirs d’éternité, ni le traumatisme du divorce, car ils/elles vivent les histoires jusqu’à ce qu’elles se terminent, heureux/ses de les avoir vécues et sans avoir la sensation d’avoir perdu quelque chose pour toujours.

5. Les amantEs queer sont dégoûtéEs par l’enfer de la cohabitation forcée, et nient l’idéalisation et la déception constante du couple traditionnel. Ils/elles ne veulent pas suivre le modèle monogame, reproductif et hétérosexuel qui nous est imposé par les industries culturelles à travers leurs productions audiovisuelles. Les amantEs queers ne souffrent donc pas de la frustration créée par l’amour romantique et ils/elles sont heureux/ses de profiter de la vie, du sexe et des émotions avec des personnes faites de chair et d’os.

6. L’amour queer soutient les relations fondées sur la liberté et le désir de partager, sur l’autonomie des amoureux/ses et sur la rupture avec la division traditionnelle des rôles qui partagent les tâches de façon inégale et abusive.

7. Chacun.e a le droit de vivre ses performances d’amour initiées entre deux ou plusieurs personnes pour vivre une illusion fictive à travers le corps et le sexe. Ils/elles peuvent également vivre des amours virtuels, impossibles ou platoniques, à l’âge qu’ils/elles veulent et avec qui ils/elles veulent, en se foutant du réalisme.

8. Les amours queers défendent une société où l’érotisme est libéré de la répression émotionnelle et physique des corps, et où tous et toutes peuvent entrer en relation l’un.e avec l’autre en toute liberté et de la façon qu’ils/elles choisissent. C’est pourquoi chaque amour queer est différent; car il y en a autant de sortes que de personnes détournées de la normalité hétéro, homophobe et misogyne.

9. Les amantEs queers sont des personnes périphériques, mais n’excluent personne. Le mouvement queer comprend les hommes, les femmes, les intersexes, les transgenres, les travestiEs, les pédés et les gouines, les prostituées, les putes, les noirEs, les escorts, les latinos, les gens de tous âges et de toutes classes socio-économiques, de tous les goûts, de toutes les races et les religions, sans discriminations ni étiquettes.

10. L’amour queer est bisexuel, trisexuel, et s’étend à l’infini. Il ne catégorise pas l’orientation sexuelle traditionnelle (homo, hétéro, bi), car il ne définit pas seulement la relation comme    « une chose à deux », ni ne divise l’Humanité en deux genres opposés (femmes/hommes), étant donné le nombre de degrés d’intensité que les identités postmodernes ont, et le nombre de masques et de performances théâtrales qu’on est capable de mettre en place en une seule journée.

11. Les amours queers incluent également les personnes asexuées, les solitaires et les confus, les dépendants sexuels et ceux/celles qui n’ont aucun désir, les freaks, les bizarres, les minorités de toutes sortes, et tous ceux/toutes celles qui sont curieux/ses d’élargir les horizons de leur esprit, leur corps et leur sexualité.

12. L’amour queer n’exclut ni le sexe du sentiment, ni le sentiment du sexe. Les relations queers ne divisent pas la population entre les gens avec qui l’on baise et ceux/celles dont on tombe amoureux/ses, parce que tout le monde est baisable et aimable.
Les amantEs queers assument leurs contradictions et ne font pas la distinction entre le corps et l’âme, l’esprit et l’émotion, mais vivent les expériences dans leur ensemble, les acceptant et s’enrichissant de la complexité des sentiments et du désir humain.

13. L’amour queer explore les relations de pouvoir, les mène vers les jeux sexuels et les libère des catégories binaires de soumission-domination. Les relations queers veulent être égalitaires parce qu’une fois les classifications discriminatoires disparues, personne n’est supérieur.

14. Les amours queer rejettent la nécessité comme base d’une relation amoureuse et dénoncent le rapport de dépendance mutuelle (affective et économique) qui soutient le système amoureux patriarcal. L’amour du désir est plus beau que celui du contrat.

15. L’amour queer estime qu’aucune institution (ni l’Église, ni les Ministères, ni l’État) ne devrait continuer à avoir du pouvoir sur la vie privée des individus, sur leurs relations sexuelles et amoureuses, sur leur vie reproductive. Celui/celle qui aime n’a besoin d’aucune bénédiction, juste de la liberté d’aller et venir, aimer et partager, sans ces liens qui transforment l’engagement en une prison.

16. Les queers ne discriminent pas une personne pour sa grande ou petite taille, sa minceur ou son obésité, ses rides, ses imperfections ou ses malformations; l’amour queer libère de la tyrannie de la beauté et du fascisme du culte du corps.

17. L’amour queer dénonce l’hypocrisie du romantisme bourgeois qui mène de la fidélité des femmes et la promiscuité masculine, à l’adultère et la prostitution comme moyen de fuir l’ennui du mariage.

18. Les relations sexuelles et affectives doivent s’éloigner de l’égoïsme intrinsèque au système capitaliste et démocratique, fondé sur le désir de posséder les corps et les esprits des autres. En tant que personne, nous devons nous libérer de la fidélité en tant qu’exigence pour vivre une aventure amoureuse avec quelqu’un et cesser de considérer les autres comme des objets faits pour notre plaisir.

19. Les amours queers sont dynamiques, vivants et en mouvement permanent. Et ce n’est pas pour cela que leurs sentiments sont moins profonds, ils sont au contraire plus authentiques, parce qu’ils ne sont pas soumis à des tabous, des interdictions, des normes rigides. Les amours queers s’éloignent du mensonge et de la trahison, de la culpabilité et de la répression, car ils n’ont pas besoin de ça pour se lier à d’autres personnes libres.

20. Les amours queer n’ont pas non plus besoin des structures amoureuses traditionnelles. Ils travaillent à la création de nouvelles structures plus ouvertes et plus souples, où les gens jouissent plus et rêvent moins. L’aventure d’inventer des nouvelles formes est passionnément queer parce que chacunE se crée les siennes avec ceux qu’il/elle veut. Les amours queers se retro-nourrissent, ne meurent pas, parce qu’ils ne sont pas concentrés, mais se répandent et se multiplient. Ils ne se détruisent pas, mais s’auto-régénèrent, en créant des réseaux, en combinant des substances chimiques, insatiablement.